Quand j’ai découvert que ma husky mixte était réactive, j’étais résolue à régler ça le plus vite possible. J’allais faire religieusement tous mes exercices et ce serait réglé rapidement, non?
Pourtant, j’avais beau pratiquer, Koro devenait de pire en pire plutôt que de s’améliorer.
Aujourd’hui, je sais exactement ce qui manquait à mes entraînements.
Je voulais trop en faire. J’étais tellement déterminée à régler ça au plus vite que j’avais oublié l’importance des pauses.
Je ne savais pas non plus quelle était la durée de ces pauses.
Dans cet article, nous verrons :
- Pourquoi il est important d’avoir un quotidien qui prédit que ça va bien aller avec un chien anxieux ou réactif,
- L’importance de l’exercice physique pour baisser le niveau émotionnel du chien,
- Comment évaluer l’état de notre toutou après une exposition,
- Combien de temps attendre entre les séances d’entraînement.
Pour mieux vous expliquer comment évaluer la durée des pauses entre les entraînements, je vais prendre en exemple Ferro.
Ferro, c’est la petite chienne que j’ai présentement en famille d’accueil.
Ferro a 4 mois et demi. Elle est chez moi pour que je puisse l’aider à se sentir en confiance devant les étrangers et les autres chiens. Je l’aiderai ensuite à se trouver une nouvelle famille.
Avant son arrivée ici, elle n’était jamais sortie de sa maison ou de sa cour.
Elle n’avait jamais été entraînée, elle n’avait pas été socialisée. Le monde extérieur était bien impressionnant, les hommes effrayants, les étrangers inquiétants et les chiens affolants.
1. Bâtir des fondations solides pour un chien bien dans ses pattes
Quand un chien comme Ferro arrive chez moi, je ne commence pas tout de suite les entraînements.
La première étape, c’est de bâtir un sentiment de sécurité.
C’est ce sentiment de sécurité et de calme que je veux ensuite transposer à la présence des déclencheurs.
Voici une vérité qu’on ne dit pas assez souvent en réhabilitation de la réactivité ou de l’anxiété :
aucun exercice n’arrivera à convaincre votre chien de se sentir en sécurité devant un déclencheur.
Il faut d’abord créer un environnement sécuritaire, bâtir vos outils, et agrandir tranquillement sa zone de confort au moyen des exercices. C’est à ça qu’ils servent.
Le danger d’exposer continuellement votre chien, c’est qu’il demeure dans un état d’alerte permanent. Comme son système nerveux n’a jamais le temps de se reposer, être vigilant devient sa normalité. C’est là qu’on se retrouve avec un chien qui guête, qui est incapable de se poser et qui aboie au moindre bruit.
Avant de faire des exercices, il faut donc trouver le calme.
Dans les premiers jours avec Ferro, mon objectif était simple :
- Créer des journées qui prédisent qu’elle ne rencontrera pas de déclencheur ;
- La dépenser physiquement autant qu’elle en a besoin ;
- Lui apprendre que je suis son pôle de sécurité ;
- Bâtir les outils dont nous aurons besoin lors des expositions.
Avoir un quotidien qui prédit que ça va bien aller ne veut pas dire qu’il n’y aura aucun stresseur, c’est impossible.
Mon objectif avec Ferro est que son quotidien soit sans moment où elle peut prédire l’arrivée d’un déclencheur, même si certains éléments échappent à notre contrôle.
3. Combler les besoins physiques et mentaux du chien
Un chien calme, ce n’est pas un chien apathique ou blasé de la vie. Ce n’est pas non plus un chien qui dort constamment.
C’est un chien dont le système nerveux n’est pas constamment en alerte.
Pour avoir un chien dont le système nerveux est calme, il faut non seulement avoir un quotidien qui prédit que ça va bien aller, mais aussi combler ses besoins de dépense physique et mentale.
Faire une activité physique, sans balle et sans déclencheur, où le chien peut bouger son corps sans restriction, permet au corps et au cerveau du chien d’évacuer son stress. Ses tensions se libèrent et son esprit se calme.
Le problème avec les chiens réactifs ou anxieux, c’est que leur moyen principal de se dépenser est souvent la marche en laisse autour de chez eux. Or, c’est souvent près de leur domicile qu’ils rencontrent leurs déclencheurs habituels.
Résultat : le chien est de moins en moins promené. Moins il est promené et plus il réagit. Plus il réagit et moins ses propriétaires osent le sortir. Vous voyez le cercle vicieux qui s’installe! Ajoutons à cela le fait que le chien a peu l’occasion de défaire les tensions dans son corps en ayant la liberté de mouvement, et on se retrouve avec un beau cocktail pour un état de stress permanent.
Dans le cas de Ferro, lui permettre de bouger sans restriction était encore plus important. Elle portait un harnais trop petit pour elle en permanence à son ancienne maison. Ayant peur qu’elle se retrouve avec des séquelles de cette restriction constante de mouvement, je l’ai beaucoup encouragée à redécouvrir son corps et à s’approprier ses mouvements. Heureusement, elle a eu le feu vert de sa vétérinaire et n’a gardé aucune conséquence de cette période.
Mes moyens préférés de dépenser un chien sensible sont la promenade en liberté, la randonnée et les sports attelés. Trouver des façons de dépenser un chien réactif n’est pas toujours facile, mais avec un peu d’imagination et de débrouillardise, on peut faire beaucoup plus qu’on pense!
3. Une première exposition et une évaluation
Après quelques jours depuis son arrivée à la maison, Ferro était prête pour sa première exposition. Ça tombait bien, j’avais rendez-vous avec une photographe pris avant son arrivée pour Rina. J’en ai donc profité pour amener Ferro.
Quand j’expose un chien à un déclencheur, j’observe toujours trois éléments :
- L’intensité de la réaction immédiate,
- Combien de temps il met à s’en remettre sur le coup,
- Quel est son état une fois l’exposition terminée et combien de temps il prend à revenir à la normale.
Ces trois éléments guideront la fréquence des expositions et notre processus de réhabilitation jusqu’à la réussite. C’est le dernier élément qui nous informera du temps dont le chien a besoin entre les expositions.
À l’arrivée de la photographe, Ferro a jappé et grogné un peu. Elle a fait de beaux rappels vers moi (un outil important en réhabilitation) et a accepté de prendre de la nourriture. Elle s’est rapidement calmée. Elle n’a pas cherché le contact avec la photographe et continuait de l’éviter, mais elle a pu coexister tranquillement dans le même espace pendant la séance photo. Encore mieux, elle est venue se faire rassurer lorsqu’elle en avait besoin.
Pour moi, c’était une belle réussite. Ferro a pu apprendre que la photographe n’est pas un danger, que je suis là pour l’aider et que l’étrangère amène des biscuits.
Le soir et le lendemain, j’ai remarqué qu’elle était plus tendue que d’habitude. C’est normal et je l’avais prévu!
J’ai observé tous les petits signes qui m’indiquaient que le système nerveux de Ferro était en alerte :
- Les peurs soudaines envers mon conjoint,
- Les jappements pour des bruits qui d’habitude ne la dérangent pas,
- La difficulté à s’endormir ou à rester endormie,
- L’intensité de la frustration envers mes adultes,
- L’augmentation des prises en gueule,
- Le besoin d’avoir quelque chose dans ladite gueule,
- L’augmentation des sauts et des comportements de précipitation en poule-pas-de-tête,
- Est-ce qu’elle est plus irritable ou plus amorphe, etc.
Ces signes sont précieux, car ils nous indiquent que le chien a besoin de se calmer et n’est pas encore prêt à une réexposition.
Une fois que Ferro est revenue à sa normale, j’ai pu calculer le temps que ça a pris pour m’aider à mieux planifier mes entraînements et mes rendez-vous avec elle.
4. Combien de temps attendre entre les expositions?
Chaque chien est unique.
Chaque exposition l’est aussi!
Il n’existe pas de nombre d’heures ou de jours précis.
En observant toutes les informations données ci-haut, vous pourrez dresser un portrait des besoins émotionnels de votre chien. Vous saurez de quoi votre chien a l’air à sa normale (c’est-à-dire lorsque son système nerveux n’est pas en alerte) et de quoi il a l’air lorsqu’il a besoin de repos.
C’est votre chien qui doit guider votre processus de réhabilitation. Vous devez observer son état émotionnel.
En faisant l’exercice donné au point précédent, vous pourrez évaluer combien de temps votre chien a besoin entre les expositions pour revenir au calme. En revenant chaque fois au calme entre les séances d’entraînement, vous éviterez d’avoir un chien toujours en état d’alerte.
C’est là la clé de la réussite.
La bonne nouvelle est que plus vous travaillerez en état de calme, plus vous verrez que la période de pause diminue.
Ma chienne Rina, qui est arrivée chez moi avec une gestion de ses émotions quasi nulle, avait besoin d’une immense période de repos. À ses débuts, elle avait besoin de deux semaines entre chaque exposition! C’est énorme.
En respectant son rythme, plutôt qu’en me plaignant que ça n’avait pas d’allure, la période s’est réduite à une semaine, puis cinq jours, puis deux jours, pour finalement devenir une demi-journée.
Aujourd’hui, Rina accueille les invités comme ses amis, alors qu’elle chargeait tout le monde dans la rue lorsqu’elle était bébé.
Le succès est possible en réactivité, mais vous devez donner à votre chien ce dont il a besoin!
Entre les expositions, amusez-vous ensemble, bâtissez vos outils, bougez et développez votre relation! Ce ne sera jamais du temps perdu.
