fbpx

Il y a quelques années, on disait que le mieux pour les enfants était d’acquérir l’indépendance le plus vite possible.


Pour ce faire, les bébés étaient mis dans leur chambre le plus rapidement possible. Les parents étaient encouragés à ne pas répondre aux pleurs. Les enfants étaient isolés lorsqu’ils faisaient une crise. Le but était qu’en les détachant le plus rapidement possible de leur(s) adulte(s) de référence, ils développent les outils pour trouver eux-mêmes leurs solutions.

Il n’est donc pas surprenant que beaucoup de nouveaux « parents » de chiots soient encouragés à faire de même avec leur bébé chien. Le chiot est mis en cage pour la première nuit, on encourage les propriétaires à ne pas répondre à ses pleurs et à ne pas rassurer le chiot qui a peur pour ne pas confirmer celle-ci. Il est également déconseillé de faire dormir le chiot avec nous ou dans la même pièce, de peur qu’il ne devienne trop dépendant de notre présence.

Résultat : le chiot pleure, les nouveaux propriétaires ont de la difficulté à endurer les cris, ils ont peur que leurs voisins portent plainte. Le chiot, lui, n’apprend pas à gérer ses émotions.

Les dernières études sur le développement de l’enfant indiquent que ces méthodes d’indépendance forcée sont, en fait, détrimentales au développement des petits humains. Même si l’enfant cesse de pleurer ou de demander ses parents, à l’intérieur de lui, ses émotions bouillonnent toujours. Le seul résultat est que l’enfant cesse d’appeler à l’aide, le problème n’est pas réglé. Ce n’est que la façade qui devient impassible.


La meilleure façon de développer l’indépendance chez l’enfant est, au contraire, de fortifier les liens d’attachement sécuritaires tout en encourageant l’enfant à trouver ses propres solutions.

Sans tomber dans l’anthropomorphisme, qu’en est-il des chiots? Comment favoriser leur indépendance?

Dans cet article, je vous expliquerai comment j’ai appris à Ferro, ma petite chienne mixte en famille d’accueil, à gérer ses émotions tout en étant capable de passer de plus en plus de temps sans ma présence.

Ferro est un excellent cas pour parler d’indépendance et d’autogestion des émotions chez le chiot. À quatre mois, elle n’avait encore jamais quitté la maison où elle était née, elle n’avait pas été socialisée, elle avait toujours été avec sa mère et ses frères et sœurs.

Au moment où je l’ai eue, elle n’avait jamais été séparée de sa famille canine ou des humains chez qui elle vivait.

Solidifier le sentiment de sécurité

Une des premières choses que j’ai faites avec Ferro a été de lui montrer que j’étais son pôle de sécurité.

Je l’ai encouragée à venir me voir sitôt qu’elle avait un problème. J’ai réglé celui-ci pour elle et je l’ai rassurée autant qu’elle en avait besoin.

C’est tout le contraire de ce qu’on suggérait avant.
Pourtant, c’est nécessaire pour la gestion des émotions. Surtout avec un bébé chiot qui subit un énorme changement dans sa vie et qui découvre le monde extérieur qui l’effraie. Apprendre à Ferro à venir me voir pour se faire rassurer me permet d’avoir un outil de plus pour gérer les situations difficiles.

Résultat : plutôt que de tirer en laisse, tourner sur elle-même, faire la folle ou aboyer, Ferro vient me voir directement lorsque je l’appelle pour se faire rassurer.
Non seulement je peux être ce pôle de référence dont elle a besoin, mais ça rend les interventions plus faciles.

La corégulation

En plus d’avoir un outil pour mieux gérer les situations difficiles, permettre à Ferro de venir se coller contre moi lorsqu’elle a peur ou vit une grosse émotion l’aide à gérer celles-ci.

On appelle ça de la corégulation.

Le système nerveux des chiots, tout comme celui des bébés humains, n’est tout simplement pas capable de traiter les grosses émotions par lui-même. Ce n’est pas un manque de volonté, c’est un manque de maturité!

Avez-vous déjà observé une portée de chiots ensemble? Ils se collent et dorment en pile. En cas de doute, ils vont voir leur mère s’ils y ont accès (ils devraient, si votre éleveur est éthique!).

Le contact physique avec un autre individu calme permet au système nerveux immature de revenir à la normale. C’est exactement ce que Ferro fait lorsqu’elle vient se lover contre moi après un événement stressant.

  • Facebook
Ferro est venu se coller dans la voiture après une visite chez le vétérinaire difficile.

Selon ses besoins, le chiot va venir se coller pour s’endormir ou faire passer son stress puis, lorsqu’il n’en aura plus besoin, il se détachera de lui-même. Chaque individu aura besoin d’une durée de corégulation différente. Watanuki, qui avait trois mois et demi en arrivant ici, avait besoin de se coller pendant cinq à dix minutes pour faire la sieste, puis allait se coucher de son côté, alors que Ferro, 4 mois et demi maintenant, peut rester lovée contre moi et mon conjoint pendant longtemps.

La corégulation est un besoin chez le chiot.

Ferro est le troisième chiot qui dort collé contre moi la nuit. Ils ont tous été capables de transiter à dormir seuls, dans une autre pièce, par la suite. Les premières nuits se passent de manière beaucoup plus paisible, tout le monde peut bien dormir alors que les pleurs étaient autrefois vus comme un rite de passage.

Le détachement progressif

De la même façon qu’il est important de solidifier l’ancrage de sécurité du chiot auprès de vous, il est tout aussi important de respecter ses tentatives de se détacher.

C’est là où plusieurs personnes commettent l’erreur d’aller le chercher et de vouloir l’avoir près d’eux.


C’est comme ça, et non en étant le pôle de sécurité, qu’on crée un chien dépendant de son humain.


Je suis consciente que ce n’est pas une transition facile. Les premières fois que Ferro n’a pas voulu venir se coller sur le divan avec nous le soir, mon conjoint et moi nous sommes regardés d’un air déçu.

Nous ne l’avons pas ramenée, par contre! Nous avons respecté son désir et son besoin d’être seule.

  • Facebook
Les meilleurs « puppy snuggles » sur le divan.


La première soirée, après une heure, Ferro est venue nous rejoindre. Puis, progressivement, elle a commencé à aller se coucher dans son coin sur le divan ou à prendre de plus en plus de temps avant de venir nous voir.

C’est le processus de détachement normal.

Elle commence à aller dans une autre pièce que celle où je suis. Elle commence à aller jouer dehors avec mes chiens adultes alors que je suis à l’intérieur.

Plutôt que d’aller la voir et de lui demander ce qu’elle fait, je la laisse faire ses petites affaires. Ce n’est pas évident avec un bébé chien, car on ne veut pas qu’il fasse de mauvais coups dans la maison. C’est pourquoi il faut avoir l’oreille fine puisque nous ne pouvons pas le surveiller visuellement!

Encore une fois, Ferro a pris plus de temps à aller faire ses petites affaires de chien dans une autre pièce que Watanuki.

 Comme elle a vécu moins d’expériences de vie que lui, malgré leur différence d’âge, son développement a été retardé. Je respecte son rythme tout en l’encourageant à se débrouiller par elle-même.

De la même façon, en situation de stress, je peux utiliser ma voix pour la rassurer, une pression douce de ma main sur son corps pour lui fournir de l’aide afin qu’elle se calme elle-même, sans la prendre dans mes bras ou sur mes genoux.

Si vous avez un chiot qui pleure lorsqu’il n’est pas avec vous, la solution, plutôt que de l’ignorer, est de lui permettre de vous suivre et de l’encourager progressivement à rester couché en attendant votre retour.

Créer des situations de détachement contrôlées et réévaluer après coup

Bien entendu, la vraie vie ne permet pas de suivre un plan de désensibilisation à la lettre. Je ne peux pas ne jamais quitter la maison non plus ou avoir le chiot constamment avec moi. La vie nous demande de créer des moments de détachement contrôlés.

La première chose que je fais, par contre, est de limiter les absences non nécessaires le temps que mon chiot développe ses repères. Il faut se rappeler que celui-ci vient de quitter sa maison, sa mère et sa fratrie.


Normalement, un éleveur éthique devrait avoir commencé le processus de détachement. Dans le cas de Ferro, et peut-être dans le vôtre, ça n’a pas été fait.

La deuxième étape est de créer des situations de séparation de courte durée. Je veux que le chiot apprenne que si je ne suis pas avec lui, il n’y a pas de danger. Par exemple, j’ai commencé à fermer la porte lorsque je vais à la salle de bain plutôt que d’amener Ferro avec moi. Hier, mon conjoint et moi avons fait une visite rapide à l’épicerie et avons laissé Ferro à la maison avec les adultes.

Après ces absences, j’évalue l’état de mon chien. Est-il stressé? M’accueille-t-il de manière excessive? A-t-il l’air énervé et me saute-t-il dessus en vocalisant?

Si mon chiot est normal, je sais maintenant qu’il est capable de vivre ce type de détachement. S’il se jette sur moi comme un assoiffé dans le désert sur un gobelet d’eau, je sais que l’absence a été trop longue. Je réduirai la prochaine fois!

J’essaie également de ne pas faire une scène en arrivant. Beaucoup apprécient les accueils chaleureux, mais il ne faut pas non plus que le chien associe votre retour à une effusion d’émotions. Non seulement pour l’acquisition de l’indépendance, mais aussi pour les bonnes manières à l’accueil des visiteurs.

L’indépendance passe par l’attachement fort

Chez l’humain comme chez le chien, on sait maintenant que l’acquisition de l’indépendance passe par un lien d’attachement sécuritaire envers une ou des personnes de référence.

N’ayez pas peur de coller votre bébé.
N’ayez pas peur de répondre à ses besoins.
N’ayez pas peur non plus de lui donner le temps dont il a besoin.
Soyez son référent en cas de grosses émotions.
Respectez également ses tentatives de détachement.

En un rien de temps, il sera rendu grand et vous vous souviendrez avec nostalgie de ces moments câlins fusionnels où il avait tant besoin de vous!

(Crédit photo pour la photo d’en-tête @VeraPhotographyOttawa)